dimanche 1 novembre 2009

MURMURE DE FEMME AU-DELA DE LA FEMINITUDE



PARUTION DU NUMERO 2 DE LA REVUE "TI" contenant le dossier intitulé "Du néant à la création identitaire"

Entretien d'Anne-Catherine Caron avec Valérie Bouriel (légende: de droite à gauche: Eric Monsinjon, Valérie Bouriel et Guillaume Robin, les créateurs et les animateurs de la Revue en compagnie d'Anne-Catherine Caron).

http://terrorismeintellectuel.unblog.fr/


SOMMAIRE

Dossier : Du néant de la création identitaire. Discours identitaires et création

Eric Monsinjon

Profondeur esthétique

Guillaume Robin

Femme et création

Valérie Bouriel

Murmure de femme au-delà de la féminitude

Entretien avec Anne-Catherine Caron


mercredi 14 octobre 2009

EXPOSITION L’ANTI-CINEMA LETTRISTE (1952-2009): CHOIX D’OEUVRES


L'ANTI-CINEMA LETTRISTE (1952 - 2009)
Choix d'oeuvres
Commissaires de l'exposition: Roland Sabatier et Anne-Catherine Caron.
du 24 octobre au 29 novembre 2009
VILLA CERNIGLIARO via Clemente Vercelone, 4 13817 Sordevolo - ITALIE
Vernissage: Samedi 24 octobre à 18 heures.
Réalisation du film supertemporel d'Isidore Isou "Débat sur le cinéma"
Catalogue bilingue italien/français, 128 pages, 73 illustrations.
Textes de Roland Sabatier et Anne-Catherine Caron
Direction artistique: Carlotta Cernigliaro
En illustration : "A propos de Nice", 1970, de Micheline Hachette.
Film infinitésimal réalisé à Nice le 23 mai 1970 par Annie et Ben Vautier, dans le cadre du Premier Festival International d'Art Infinitésimal et Supertemporel.

jeudi 18 juin 2009

MIRELLA BANDINI














LA STAMPA
È scomparsa Mirella Bandini la studiosa d'avanguardie
04-GIU-2009
A quasi 81 anni è morta il 2 giugno, Mirella Bandini, studiosa delle avanguardie storiche europee. Nata Torino il 20 agosto1928, si era laureata in lettere con indirizzo artistico e per più di vent'anni aveva insegnato Storia dell'Arte all'Accademia Albertina. Collaboratrice de La Stampa, e in particolare, di Tuttolibri, nel 2008 aveva ricevuto dalla Regione Piemonte un premio alla carriera per l'impegno nel campo delle arti visive e della cultura torinese. Un'esperienza, la sua, che spazia dal Surrealismo al Lettrismo, dai saggi sull'Art Autre a quelli dedicati a Michel Tapié, dall'Arte Povera al pittore Pinot Gallizio. E tra le rassegne che aveva curato si ricordano quella di Mario Merz a Bologna (1982), Giulio Paolini a Ravenna nel 1985 e dello stesso anno il «Museo Sperimentale di Torino. Arte Italiana Anni 60» al Castello di Rivoli. Si era poi occupata dell'opera di Adriano Parisot, Luigi Spazzapan, Arrigo Lora-Totino, Antonio Carena, Enrico Paulucci e del gruppo de «I Sei pittori di Torino» con una mostra alla Mole Antonelliana nel 1993. Personalità colta e cordiale, la Bandini ha pubblicato volumi su «L'estetico e il politico», «La Vertigine del moderno», «Arte Povera a Torino» (Allemandi editore) e «Per una storia del lettrismo».
Angelo Mistrangelo

J’ajoute que le nom de Mirella Bandini m’était familier bien avant que je ne fasse sa connaissance. Déjà, sa renommée s’appuyait sur ses études relatives aux avant-gardes et, en particulier, de l’avant-garde lettriste que consacrait, en 1977, la publication de « L'estetico il politico » dont l’édition originale a été publiée à Rome et dans laquelle elle retraçait l’histoire des différents mouvements artistiques en définissant, à partir de 1945, l’influence déterminante du fondateur du Lettrisme sur toutes les émergences qui se succéderont.
Liée au Lettrisme, dès le début notre amitié fut nouée autour du mouvement d’Isidore Isou et je n’oublie pas que lorsque j’ai fait sa connaissance à Turin, elle avait à son actif plusieurs articles axés sur la propagation des conceptions de ce créateur et des artistes réunis autour de lui. Je conserve, notamment, le souvenir de l’entretien qu’elle avait réalisé avec lui, à Paris en 1983, et qu’elle évoquait souvent au cours de nos nombreuses discussions pour faire valoir l’admiration qu’elle lui portait. Cette interview est parue pour la première fois dans la revue « Alfabeta », en 1984, et a été reprise avec ma traduction dans la publication française de « Pour une Histoire du Lettrisme », publiée en 2003.
Pour l’essentiel, je relate la nature constante de nos relations chaleureuses et de son soutien éclairé et souvent maternel dans le texte figurant au catalogue de l’exposition « Il Lettrismo al di là della Femminilitude »(Editions Zero Gravità), organisée en 2008 à la Villa Cernigliaro.
En 2003, elle rédige une monographie autour de mon œuvre intitulée « Anne-Catherine Caron, la traversée de l’infini des carrés » sortie aux Archives du Créatisme et du Lettrisme. Toujours la même année, elle rédige une préface sur l’œuvre de Maurice Lemaître, puis, en 2006, le texte « L’enseignement de Roland Sabatier » paru dans le n°109 de la revue« Semaine ».
J’ai également eu le plaisir d’être régulièrement sa traductrice, notamment pour la grande aventure commune de « Pour une Histoire du Lettrisme », d’abord publiée en français avant de voir le jour en italien chez Traccedizioni, ainsi que pour un certain nombre d’articles dont ceux des Editions Roberto Peccolo et du catalogue « Figures de la négation », pour l’exposition « Après la fin de l’Art, 1945 - 2003 », organisé au Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne. C’est avec beaucoup de gentillesse qu’elle a tenu à présider la table ronde organisée, en 2006, dans le cadre de mon exposition personnelle à la Galleria delle Donne de Turin.
Chaque fois qu’il m’était donné de revenir chez Mirella Bandini, à deux pas de la célèbre place peinte par De Chirico, elle me faisait part d’inépuisables réflexions qui alimentaient sans cesse notre dialogue et le lien intellectuel et sensible qui nous unissait. Nous parlions souvent des répercussions des inventions et des découvertes sur la vie humaine ou de la sagesse méditative suscitée en nous par la célèbre phrase de Madame de Staël sur la gloire qu ‘elle désignait comme « le deuil éclatant du bonheur ».
Il me revient en mémoire qu’un soir de l’été dernier, alors qu’elle me raccompagnait jusqu’à sa porte qui rejoint les berges du Pô, elle me déclara qu’il ne fallait pas oublier que toute l’iconographie proposée par Isou dans « Initiation à la haute volupté » méritait une étude approfondie. La sortie était belle et lui valait toute l’estime que je lui porte pour l’éternité.
Je n’oublierai jamais Mirella.
Anne-Catherine Caron, juin 2009.

dimanche 3 mai 2009

LES ASSIS ASSASSINS OU LE POURQUOI DE « LA MECANIQUE DES HOMMES »




 A la lecture superficielle de La Mécanique des femmes qu’Isidore Isou fait paraître en 1949 à Paris (Ed. Escaliers de Lausanne) ou bien à l’écoute primaire de quelques répliques du film fondateur des avant-gardes qui n’est autre que le célèbre "Traité de Bave et d’éternité" que ce dernier présente à Cannes en 1951, certains ont cru devoir taxer le créateur du Lettrisme de misogyne, ou plus précisément comme le lexique contemporain l’impose de « machisme ». On oublie de préciser que ce que l’on pourrait appeler de la misogynie ordinaire ne représentait – comme trop souvent aujourd’hui encore – qu’une expression déplorable de l’air du temps dont les moyens cinématographiques comme la littérature s’abreuvaient bien volontiers. 
En réalité, ce mépris apparent, caricatural, poussé vers son paroxysme, cette désinvolture aux allures moqueuses et badines à l’égard des femmes que le spectateur peut parfois percevoir à l’écoute des dialogues de ce film s’occupait surtout de reproduire, sans pourtant y adhérer, les expressions de pans entiers de la théologie, de la philosophie, de la littérature, créatrice ou productrice, voire de la science, transmises depuis l’Antiquité. 
Cette séparation artificielle opérée entre les hommes et les femmes traduisait les stéréotypes véhiculés par les mentalités déformantes des hommes de pouvoir aidés par des journaleux de tous bords, conditionneurs conscients ou inconscient d’idées archaïques dont ils étaient – et sont majoritairement encore les premières vraies victimes spirituelles – et, de fait, par la pensée dominante des détenteurs des gouvernances de la société conventionnelle qui règnent, aujourd’hui encore, en maîtres ignorants et absolus sur la planète. 
Néanmoins, l’on oublie aussi de mentionner qu’au moment où Isou publiait sa fameuse «Mécanique des femmes » – qui peut, d’un certain point de vue, être considérée comme une conséquence de l’expression de l’une des Mécanique propres aux hommes conditionnés par des millénaires d’obscurantisme –, il rédigeait également son fondamental Traité d’Economie Nucléaire dont le premier tome paraissait sous le titre de « Le Soulèvement de la jeunesse ». C’est là où, aux côtés des quelques féministes de l’époque et de ses prédécesseurs éclairés, des poètes comme Rimbaud ou bien, naturellement, des créatrices comme Marie Curie, Berthe Morizot ou Marie Laurencin, qu’il s’attache à reconnaître ce qui revient en propre aux femmes dans nombre de domaines de la connaissance théorique et pratique. 
Au regard de cette problématique des genres, Isidore Isou renverse tous les termes habituels et dialectiques de l’explication de la surexploitation des femmes et de leur exclusion de l’histoire officielle par une démonstration complète des liens de subordinations des individus tout à la fois au sein de leur famille d’origine que du système économique, fondant sans relâche l’organisation encore actuelle du monde présent des assis assassins :
« Voyons la situation des femmes par exemple.
Il ne s’agit pas d’envisager une société économique simplement « capitaliste » où la division du travail a mis à un moment quelconque temporel la femme dans une situation subordonnée (malgré sa participation à l’échange des services dans le cadre d’une exploitation accomplie par « cette association à deux » qu’est chaque couple).
La libération de la femme des fonctions basses est advenue, par ailleurs, au cours du dernier siècle et la bataille des « suffragettes » y est pour quelque chose. Cela se prouve non seulement dans le régime communiste mais aussi par l’égalisation réalisée dans les pays soumis à la concurrence.
D’autre part, s’il s’agit d’un matriarcat (1), où le jeune est hors d’un circuit de femmes et leur propriété, ou d’un patriarcat, l’adolescent étant subordonné à son père, cela reste indifférent pour les relations détaché-attaché. Car, ce n’est pas une catégorie de sexe qu’on s’efforce d’établir.
Le jeune est égal pour nous à jeune homme – jeune fille, la dépendance « marginale » jouant d’une façon égale vis-à-vis de tout « vieux » (homme-femme) (2). C’est ici la catégorie temps qui est considérée en premier lieu comme facteur de richesses, l’avantage « historique » signifiant indifféremment d’organes génitaux.
Les statistiques, après cette distinction (de l’Appendice) et par la soustraction des vieux restent donc identiques, souvent le chiffre des derniers étant minime.
(1) En Afrique du Sud, les femmes s’occupent d’agriculture, les hommes des troupeaux et de la chasse, d’où la supériorité des premières sur les seconds, etc… En 1931, sur 13.000.000 population actives-hommes, on enregistrait en France 7.000.000 population active-femmes.
(2) « Le droit de nature veut que le vainqueur soit maître et seigneur du vaincu. D’où il s’ensuit que par le même droit un enfant est sous la domination immédiate de celui qui le premier le tient en puissance. Or, est-il que l’enfant qui vient de naître est en puissance de sa mère avant qu’en celle d’aucun autre, de sorte qu’elle le put élever ou l’exposer, ainsi que bon lui semble et sans qu’elle en soit responsable en personne. Si, par le contrat de mariage la femme s’oblige à vivre sous la puissance de son mari les enfants communs seront sous la domination paternelle à cause de cette domination étant déjà sur la mère… » (Hobbes – « De Civite » - Chapitre IX)".
Aussi selon Le Play « Dans une maison où il y a plusieurs ménages (chez les Baschkirs)… c’est presque toujours la plus ancienne femme du Khoja qui dirige les affaires intérieures. Chez les Russes d’Orenbourg, après la mort du mari, les frères restent en communauté sous la direction de la mère… » Les ouvriers européens – T. II, pages 5 et 51.
Marcel Granet écrit à son tour: « Si les femmes, mères du village où leurs maris n’étaient que des conjoints annexés, furent d’abord les mères des enfants du village, on s’explique que le terme exprimant l’affection des enfants pour leurs mères (tsin) ait servi à désigner les parents et soit caractéristique des sentiments impliqués par les liens de parenté ». (« La civilisation chinoise », page 379).
La question de la division du travail entre les sexes est déjà, dans l’Antiquité, un problème résolu (Columelle « De Agricultura »). Qu’au cours de « l’Histoire » (terme mis pour l’instant entre parenthèses) il y a une supériorité de l’une sur l’autre couche d’internes (hommes et femmes) cela n’est pas le résultat des plis accidentels revendicatifs (comme les problèmes de « classe » ou « nationaux » qui seront analysés ultérieurement, ch. 4). En tout cas il faut saisir qu’il s’agit d’un problème ayant lieu dans le cadre de l’internité postérieur aux questions qui nous préoccupent ». Isidore Isou, Traité d’Economie Nucléaire, I – Le Soulèvement de la Jeunesse – Problème de bicaténage et de l’externité, Ed. Escaliers de Lausanne, p.95-96".
   On peut constater que la pensée isouienne relative à la masse représentée par les femmes s’inscrit majoritairement, au même titre que les hommes, dans la division qu’il effectue entre internes et externes au sein de tout circuit économique. La description de ces attachés ou détachés vis-à-vis du système en place s’exprime dans toute la complexité développée par le créateur du Lettrisme qui relate, selon les époques ou les civilisations, les conditions sociales changeantes engendrées par les liens de subordination différenciés des attachés et détachés du système d’échange. 
L’un de ses mérites est d’insister sur le rôle de la masse des externes qu’ont pu constituer les femmes dans nombre de communautés du passé, mais aussi dans le monde contemporain. A cet égard, celui-ci souligne bien que « Le même potentiel d’externité anime les divers membres des branches du circuit internés, et ils se reconnaissent selon un même désir de bouleversement, indifféremment de la structure économique à laquelle ils participent. 
Anne-Catherine Caron, avril 2009.
(Photographie extraite de "Traité de bave et d'éternité, film discrépant réalisé par Isidore Isou en 1951.

samedi 25 avril 2009

LETTRISME ET EXTERNITE FÉMININE






L’œuvre gigantesque du fondateur du Lettrisme, Isidore Isou (1925 – 2007), a durablement envisagé, exploré, analysé, rénové et bouleversé ce qu’il est convenu de dénommer la « problématique » de la femme, non seulement dans des cadres précisément délimités et redéfinis, mais aussi, parallèlement et complémentairement, dans ses mises en relation avec un nombre considérable de réalisations novatrices dont l’axe fondamental vise à transformer en profondeur tous les domaines de la culture et de la vie. 
Cet ensemble inédit, comparable pour son foisonnement théorique et pratique à la République grecque, à la Renaissance ou au Romantisme, surgi en 1945, demeure constamment présent depuis cette date dans le panorama des arts et des idées d’aujourd’hui. Son édification puise son fondement dans la création en tant que masse de découvertes et d’inventions, perpétuellement enrichies par des apports, accomplies par des hommes et des femmes considérés dans l’égalité inhérente à la ligne d’or d’un défrichement original et constant, enregistrés dans les différentes disciplines de l’art, de la philosophie, de la théologie, de la science et de la technique. Les révélations des disciplines premières étant destinées à forger une vie quotidienne inédite et exempte de la multitude phénoménale et obscurantiste des aliénations et asservissements subis et encore commis aujourd’hui non seulement dans de nombreuses contrées de l’univers connu, mais aussi dans l’idéologie dialectique dominante de l’Occident à l’égard de ce que Sigmund Freud a baptisé le continent noir. 
Anne-Catherine Caron, segment n°36 (inédit) de "Murmure de femmes autour du Lettrisme" publié dans "Il Lettrismo al di là de la femminilitudine/ Le Lettrisme au-delà de la féminitude", Ed. Zero Gravita, Sordevolo, Italie, 2008). En vente à la librairie à Paris La Hune, à la Librairie Flammarion du Centre Georges Pompidou et la librairie du Palais de Tokyo).

Légende de la photo: Guy Vallot, pseudonyme de Rodica Valeanu (1923 - 1965), la première femme lettriste, à Paris en 1946, sur ce document apparaissant dans le film d'Isidore Isou "Traité de bave et d'éternité" qui fut présenté à Cannes en 1951.