dimanche 3 mai 2009

LES ASSIS ASSASSINS OU LE POURQUOI DE « LA MECANIQUE DES HOMMES »




 A la lecture superficielle de La Mécanique des femmes qu’Isidore Isou fait paraître en 1949 à Paris (Ed. Escaliers de Lausanne) ou bien à l’écoute primaire de quelques répliques du film fondateur des avant-gardes qui n’est autre que le célèbre "Traité de Bave et d’éternité" que ce dernier présente à Cannes en 1951, certains ont cru devoir taxer le créateur du Lettrisme de misogyne, ou plus précisément comme le lexique contemporain l’impose de « machisme ». On oublie de préciser que ce que l’on pourrait appeler de la misogynie ordinaire ne représentait – comme trop souvent aujourd’hui encore – qu’une expression déplorable de l’air du temps dont les moyens cinématographiques comme la littérature s’abreuvaient bien volontiers. 
En réalité, ce mépris apparent, caricatural, poussé vers son paroxysme, cette désinvolture aux allures moqueuses et badines à l’égard des femmes que le spectateur peut parfois percevoir à l’écoute des dialogues de ce film s’occupait surtout de reproduire, sans pourtant y adhérer, les expressions de pans entiers de la théologie, de la philosophie, de la littérature, créatrice ou productrice, voire de la science, transmises depuis l’Antiquité. 
Cette séparation artificielle opérée entre les hommes et les femmes traduisait les stéréotypes véhiculés par les mentalités déformantes des hommes de pouvoir aidés par des journaleux de tous bords, conditionneurs conscients ou inconscient d’idées archaïques dont ils étaient – et sont majoritairement encore les premières vraies victimes spirituelles – et, de fait, par la pensée dominante des détenteurs des gouvernances de la société conventionnelle qui règnent, aujourd’hui encore, en maîtres ignorants et absolus sur la planète. 
Néanmoins, l’on oublie aussi de mentionner qu’au moment où Isou publiait sa fameuse «Mécanique des femmes » – qui peut, d’un certain point de vue, être considérée comme une conséquence de l’expression de l’une des Mécanique propres aux hommes conditionnés par des millénaires d’obscurantisme –, il rédigeait également son fondamental Traité d’Economie Nucléaire dont le premier tome paraissait sous le titre de « Le Soulèvement de la jeunesse ». C’est là où, aux côtés des quelques féministes de l’époque et de ses prédécesseurs éclairés, des poètes comme Rimbaud ou bien, naturellement, des créatrices comme Marie Curie, Berthe Morizot ou Marie Laurencin, qu’il s’attache à reconnaître ce qui revient en propre aux femmes dans nombre de domaines de la connaissance théorique et pratique. 
Au regard de cette problématique des genres, Isidore Isou renverse tous les termes habituels et dialectiques de l’explication de la surexploitation des femmes et de leur exclusion de l’histoire officielle par une démonstration complète des liens de subordinations des individus tout à la fois au sein de leur famille d’origine que du système économique, fondant sans relâche l’organisation encore actuelle du monde présent des assis assassins :
« Voyons la situation des femmes par exemple.
Il ne s’agit pas d’envisager une société économique simplement « capitaliste » où la division du travail a mis à un moment quelconque temporel la femme dans une situation subordonnée (malgré sa participation à l’échange des services dans le cadre d’une exploitation accomplie par « cette association à deux » qu’est chaque couple).
La libération de la femme des fonctions basses est advenue, par ailleurs, au cours du dernier siècle et la bataille des « suffragettes » y est pour quelque chose. Cela se prouve non seulement dans le régime communiste mais aussi par l’égalisation réalisée dans les pays soumis à la concurrence.
D’autre part, s’il s’agit d’un matriarcat (1), où le jeune est hors d’un circuit de femmes et leur propriété, ou d’un patriarcat, l’adolescent étant subordonné à son père, cela reste indifférent pour les relations détaché-attaché. Car, ce n’est pas une catégorie de sexe qu’on s’efforce d’établir.
Le jeune est égal pour nous à jeune homme – jeune fille, la dépendance « marginale » jouant d’une façon égale vis-à-vis de tout « vieux » (homme-femme) (2). C’est ici la catégorie temps qui est considérée en premier lieu comme facteur de richesses, l’avantage « historique » signifiant indifféremment d’organes génitaux.
Les statistiques, après cette distinction (de l’Appendice) et par la soustraction des vieux restent donc identiques, souvent le chiffre des derniers étant minime.
(1) En Afrique du Sud, les femmes s’occupent d’agriculture, les hommes des troupeaux et de la chasse, d’où la supériorité des premières sur les seconds, etc… En 1931, sur 13.000.000 population actives-hommes, on enregistrait en France 7.000.000 population active-femmes.
(2) « Le droit de nature veut que le vainqueur soit maître et seigneur du vaincu. D’où il s’ensuit que par le même droit un enfant est sous la domination immédiate de celui qui le premier le tient en puissance. Or, est-il que l’enfant qui vient de naître est en puissance de sa mère avant qu’en celle d’aucun autre, de sorte qu’elle le put élever ou l’exposer, ainsi que bon lui semble et sans qu’elle en soit responsable en personne. Si, par le contrat de mariage la femme s’oblige à vivre sous la puissance de son mari les enfants communs seront sous la domination paternelle à cause de cette domination étant déjà sur la mère… » (Hobbes – « De Civite » - Chapitre IX)".
Aussi selon Le Play « Dans une maison où il y a plusieurs ménages (chez les Baschkirs)… c’est presque toujours la plus ancienne femme du Khoja qui dirige les affaires intérieures. Chez les Russes d’Orenbourg, après la mort du mari, les frères restent en communauté sous la direction de la mère… » Les ouvriers européens – T. II, pages 5 et 51.
Marcel Granet écrit à son tour: « Si les femmes, mères du village où leurs maris n’étaient que des conjoints annexés, furent d’abord les mères des enfants du village, on s’explique que le terme exprimant l’affection des enfants pour leurs mères (tsin) ait servi à désigner les parents et soit caractéristique des sentiments impliqués par les liens de parenté ». (« La civilisation chinoise », page 379).
La question de la division du travail entre les sexes est déjà, dans l’Antiquité, un problème résolu (Columelle « De Agricultura »). Qu’au cours de « l’Histoire » (terme mis pour l’instant entre parenthèses) il y a une supériorité de l’une sur l’autre couche d’internes (hommes et femmes) cela n’est pas le résultat des plis accidentels revendicatifs (comme les problèmes de « classe » ou « nationaux » qui seront analysés ultérieurement, ch. 4). En tout cas il faut saisir qu’il s’agit d’un problème ayant lieu dans le cadre de l’internité postérieur aux questions qui nous préoccupent ». Isidore Isou, Traité d’Economie Nucléaire, I – Le Soulèvement de la Jeunesse – Problème de bicaténage et de l’externité, Ed. Escaliers de Lausanne, p.95-96".
   On peut constater que la pensée isouienne relative à la masse représentée par les femmes s’inscrit majoritairement, au même titre que les hommes, dans la division qu’il effectue entre internes et externes au sein de tout circuit économique. La description de ces attachés ou détachés vis-à-vis du système en place s’exprime dans toute la complexité développée par le créateur du Lettrisme qui relate, selon les époques ou les civilisations, les conditions sociales changeantes engendrées par les liens de subordination différenciés des attachés et détachés du système d’échange. 
L’un de ses mérites est d’insister sur le rôle de la masse des externes qu’ont pu constituer les femmes dans nombre de communautés du passé, mais aussi dans le monde contemporain. A cet égard, celui-ci souligne bien que « Le même potentiel d’externité anime les divers membres des branches du circuit internés, et ils se reconnaissent selon un même désir de bouleversement, indifféremment de la structure économique à laquelle ils participent. 
Anne-Catherine Caron, avril 2009.
(Photographie extraite de "Traité de bave et d'éternité, film discrépant réalisé par Isidore Isou en 1951.

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