mercredi 27 octobre 2010

DU COTE DU LETTRISME ET DES FEMMES (A LA VILLA TAMARIS)

Au sol, Le Déjeuner sur l’herbe (Réinterprétation infinitésimale), 1978, de Micheline Hachette; au fond,

Dispersion de collection dans le cosmos, 2005, d'

Anne-Catherine Caron et, à gauche,

Le film de bouts de ficelle, 1989, de Roland Sabatier

"Dans un registre différent, principalement lié aux contraintes du cadre éditorial, limité à une page unique, dans lequel il s'inscrit, "Conte pour Virginie" de Micheline Hachette développe, en 1972, une narration dédiée à sa fille qui la conduit à adapter son écriture propre aux règles spécifiques de la prosodie. A sa proposition plastique originaire, de style "cubisant", organisée à l'intérieur de cases identiques, elle intercale, pour la première fois peut-être, des lexèmes français, comme pour détourner sa démarche vers l'enchantement de son récit imaginaire. (...)"

“(…) Dès son arrivée dans le Lettrisme en 1972, l’art de la prose sera le terrain de prédilection d’Anne-Catherine Caron. Son œuvre s’édifiera tout d’abord sur de simples feuillets épars, puis sur des tableaux au sein desquels figurait systématiquement la mention de roman. Leur trait commun consiste à réduire la totalité des signes de la communication à l’unité exclusive du carré, inlassablement répété et parfois entrecoupé des lettres A et Z. C’est toutefois en 1976/77 que l’auteure rassemblera les fondements constitutifs de cette approche romanesque avec "Roman à Équarrir", paru en 1978, un « roman barbare » qui campe une vision hermétisée et épurée des possibilités des multi-écritures. L’on peut y discerner une expression qui cherche constamment l’objet et le sujet de son écriture, et, tout en s’interrogeant sur les formes possibles de la fiction, s’essaie de manière presque obsessionnelle à définir et à cerner toutes les configurations possibles de son élément principal. Mais dans une stratification supplémentaire de sa démarche, l’écrivain introduit un jeu ludique l’incitant à agir sur la progression narrative, voire sur la composition traditionnelle, en désorganisant la mise en page, en brisant l’ordre des chapitres, notamment par une table des matières incongrue, discrépante et détachée de son contenu intrinsèque, pour constituer de nouveaux récits infinis qui nourriront la plupart de ses œuvres suivantes : de "Tu minaudes alors qu’il faut changer le monde" ou "le Roman mural (1992 -2002)", jusqu’à "Romanzo di una lettrista" (2006), en passant par ses "Romans excoordistes en bandes roulées" ou ses "Romans en pile", (2000-2010). Par ailleurs, "Roman à Équarrir" déborde de son champ hypergraphique premier pour s’élargir ci et là aux dimensions de l’art imaginaire et du cadre ouvert à la participation du public.”

(

Extraits de Narration et prose dans le Lettrisme, Anne-Catherine Caron in Lettrisme: vue sur quelques dépassements précis, Ed. Villa Tamaris – La Nerthe, La Seyne-sur-Mer, 2010).



A gauche, Rêve bleu, 1988 de Woodie Roehmer; à droite une partie du Pouvoir de l’inimagination, 2008, de Damien Dion.

"Je regarde souvent, sans jamais m’en lasser, "Rêve bleu" de cette artiste dont plus le temps passe plus je regrette la disparition et le mystère que chaque être conserve avec lui depuis ce moment inexorable. Il s’agit d’une grande toile disposée à l’horizontal. Woodie y mêle avec subtilité une narration à dominante mauve où elle intercalent des théories entières de frises de ses signes aux formes à empattement et corps variés, signifiant sa prose, et, en transparence et en arrière-plan des stylisations de formes humaines, féminines en apparence, des "Demoiselles d’Avignon" potentielles, données à voir et exhibées, comme de merveilleux signes hypergraphiques que jamais leurs formes figuratives ne pourront réduire à cette structure. C’est même tout le contraire. Ces formes en filigranes apparemment réalistes deviennent par excellence, des signes sublimes que le choix hypergraphique transmue en écriture absolu et d’Absolu. Ces introductions « osées », ces rappels esquissés, mais transfigurés, sont pour moi l’une des libertés qu’autorise l’hypergraphie, que j’admire chez cet auteur qui les distille savamment, comme dans "La Maternité retrouvée", mais aussi dans la plupart de ses œuvres photographiques dont elle puise l’inspiration dans son album personnel." Extrait de Murmure de femmes autour du Lettrisme, in Il Lettrismo al di là della femminilitudine, Anne-Catherine Caron, Ed. Zero Gravità, Sordevolo (Villa Cernigliaro), 2008.




A droite, Traité de rythmes dans l’hypergraphie, 1974, de Micheline Hachette, 1974; à gauche, Interdit de cracher sur la création, 2006, d'Anne-Catherine Caron.


A gauche, Histoire d’un bateau, 1981, de Virginie Caraven et, à droite, Quelques hypergraphies que j’aurais pu faire, 1971, de Roland Sabatier.

"Virginie Caraven est très certainement la plus jeune artiste de l’histoire du mouvement. Je l’ai connue alors qu’elle était encore une petite fille qui venait assister avec ses parents, Micheline Hachette et Roland Sabatier, aux réunions du groupe lettriste, le jeudi, au Café de Cluny. Je sais aujourd’hui qu’elle n’accompagnait pas seulement ses parents, mais qu’elle commençait son chemin dans le Lettrisme, comme cela s’est révélé plus tard par un attachement à ses valeurs et à travers ses réalisations plastiques situées dans les secteurs formels de l’hypergraphie et de l’excoordisme. Je me souviens, notamment de l’œuvre “Histoire d’un bateau”, élaborée en 1981 avec son père, qui formait une espèce hybride de juxtapositions paradoxales à la fois enfantine du Bateau ivre et du navire naufragé de l’hermétique “Jamais un coup de dé n’abolira le hasard”. (…)
"La vie d’une femme – ou d’un homme, d’ailleurs – dans un groupe d’avant-garde que les institutions délaissent en raison de sa profonde nature subversive a quelque chose d’ingrat. Mais cette vie est aussi éminemment formatrice pour le tri rigoureux qu’elle permet d’effectuer dans la vie quotidienne et intellectuelle. Virginie a su se détacher des faux mouvements parisiens pour nourrir une œuvre qui écrit une histoire de l’éclatement de l’écriture lui servant à traduire, comme dans un conte de fées, ses parcours de décentrages irrémédiables dont sa carte de géographie présentée sous le titre de Nature et culture et reproduite, en 1993, dans le catalogue de la Biennale de Venise, permet de se faire une idée." (...). Extrait de Murmure de femmes autour du Lettrisme, in Il Lettrismo al di là della femminilitudine,Anne-Catherine Caron, Ed. Zero Gravità, Sordevolo (Villa Cernigliaro), 2008.

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